Critique Ergo Proxy

Ergo Proxy, série de 23 épisodes réalisée par Dai Sato, nous plonge dans un univers post-apocalyptique faussement futuriste, pour explorer des thèmes bien plus intemporels : identité, mémoire, libre arbitre, condition humaine, même pour un être semi-divin.

Méditation 0 : un point de départ classique

Le point de départ de l’histoire est très classique. Dans un futur indéfini, après une série de catastrophes, la Terre est devenue en grande partie inhabitable. L’humanité s’est retranchée dans des cités-dômes, isolées les unes des autres. L’une d’elles, Romdo, est une cité ultra-contrôlée, propre et policée, où les citoyens vivent sous perfusion de continue de propagande et de confort aseptisé. Dans ce contexte, Vincent Law, un immigrant incapable de s’intégrer, est accusé à tort de la destruction de son autorave, une sorte d’assistant robotique assigné à chaque citoyen. Traqué, amnésique, il s’échappe et se lance dans alors dans sa quête identitaire.

L’intrigue, si elle semble d’abord linéaire, prend très vite des détours inattendus. A défaut d’un scénario haletant, c’est la densité thématique qui caractérise cette série. Entre références philosophiques (tous les noms des autoraves à l’exception de Pino) et clins d’oeil évidents (le flingue de Re-l sorti tout droit de Blade Runner), la série réussit le tour de force d’intégrer ses inspirations sans sombrer dans le patchwork gratuit.

Méditation 1 : un univers beau et malsain

Visuellement, Ergo Proxy tranche. Romdo, la cité vitrine, affiche une allure lisses et clinique couronné par un ciel artificiellement bleu. Son apparence est le reflet exact de sa nature : une utopie douce, propre mais fondamentalement malsaine. Une utopie où chaque citoyen est flanqué d’un entourage, autorave qui l’aide au quotidien, mais qui se comporte aussi comme un agent de propagande et de contrôle, sous le masque de la bienveillance. Le passages où Iggy insiste pour que Re-l fasse du shopping où celui où Kristeva outrepasse les instructions de son “maître” sont a ce sujet, très significatif. Ce sont bien les citoyens qui finissent modelés par la société, à la carte, peut être heureux et enthousiastes mais fondamentalement vidé de leur identités. Cette perversion de l’idéal de la citée de Platon mérite déjà sa mise a mort dès le premier épisode.

Et quid de ceux qui refusent de se conformer ainsi ? Ils sont bannis. Ils survivent dans la “commune”, misérable décharge en lisière de la civilisation, rongée par la maladie et les mechas tueurs. C’est là que l’univers glisse vers le steampunk crade et rouillé. Ici le monde est trempé dans un bain de suie puis saturé de filtres sépia. Ici ont trouve des objets improbables comme le véhicule Lapin, étrange voilier aérien, qui rendra bien des services aux héros.

Méditation 2 : une quête d’identité

Narrativement, la série se concentre presque exclusivement sur Vincent Law. Sa quête existentielle prend vite le pas sur tout le reste. Ce recentrage constant a un prix : les intrigues secondaires, parfois très prometteuses, sont souvent sacrifiées. Le virus Cogito, capable de conférer une conscience aux autoraves, est très vite mis de côté. Pourtant ses implications narratives sont intéressantes et déterminantes pour le futur (funeste) de Romdo. Nope. On verra juste des androides pris d’une simple folie meurtrière.

La même logique s’applique aussi aux personnages secondaires. Daedalus, sorte de Dr Frankenstein technocrate rongé par un complexe de Pygmalion, méritait bien mieux que son traitement de conspirateur de bas étage a la fin pathétique. Mais non. La caméra du scénariste reste fermement attaché à Vincent Law. En fait seul Re-l Mayer, en miroir de Vincent, parvient à exister véritablement et a droit à un développement complexe, lucide, et tourmenté.

Méditation 3 : une morale ?

Est-ce que cette série a une morale ? Difficile à dire car la série est assez hermétique. Entre symbolisme religieux (Romdo comme arche post-diluvienne), mythologie artificielle (les Proxy comme Néphilim créés par un dieu devenu absent), et dystopie politique, les niveaux de lecture sont multiples. Peut-être que le message que veut faire passer Ergo Proxy est simplement ceci : les dieux s’éteignent, les civilisations aussi, mais si un seul individu peut transgresser sa condition et survivre, alors toute cet expérience sociale n’aura pas été vaine. Et puis y a-t-il quelque chose de mieux, en ce bas monde, qu’un blasphème pour justifier son existence ?

Dernière mise à jour le juil. 04, 2009 19:38 UTC