Nous inventons la communication qui nous ressemble

Parce que nous, nous manquons à ce point de jugeote que nous sommes capable de faire des erreurs qu’un débutant en communication éviterait sans encombre. Bienvenue chez Linkeo !

Acte 1 : recrutement

Le 20 mars 2013 un responsable du recrutement chez Linkeo poste une offre d’emploi pour un poste d’administrateur système et réseau sur le site linuxFR . L’offre détaille la nature de la mission, le profil recherché et la rémunération prévue. Classique et il n’y rien a redire à la démarche de ce bon monsieur.

Mais ce qui retiendra surtout l’attention du seul internaute à commenter cet offre, avant son retrait discret, c’est l’état catastrophique du site institutionnel de l’entreprise. Un simple coup d’oeil au code source de la page d’accueil suffit à provoquer la nausée. Charset incorrect, mélange sauvage de JavaScript et de HTML, structure désordonnée et incohérente et une avalanche d’erreurs au validateur W3C. Autant dire que ce ne sont clairement pas les meilleurs développeurs de la boite qui ont travaillé là-dessus.

L’internaute conclut son analyse par une remarque aussi ironique que cinglante : “Ca va être sympa d’administrer les sites codés par les stagiaires du coin.”

Acte 2 : dérapage

Qu’un internaute se montre “virulent” sur un forum n’a rien de surprenant. Mais avant de crier au scandale encore faut-il replacer les choses dans leur contexte. De la même manière qu’un auteur débutant doit s’attendre à une critique sévère si son manuscrit est bancal, un recruteur peut s’attendre a des remontrances si sa vitrine ne respecte pas les préceptes de base de la profession.

La réaction n’avait donc rien d’excessif et l’affaire aurait dû en rester là, si Linkeo n’avait pas eu la curieuse idée de faire intervenir un cabinet d’avocats, en adressant à LinuxFr une mise en demeure.

Au programme : demande de retrait du commentaire incriminant et exigence d’un versement de 1500 euros, au motif que l’association aurait été difficile à contacter. Un argument d’autant plus bancal que les mentions légales du site son présente dans le footer de chaque page !

Acte 3 : place publique

Personne n’aime être censuré, et dans un système d’information ouvert comme est Internet toute tentative de suppression d’un contenu tend, ironiquement, à provoquer l’effet inverse : une diffusion massive. Ce phénomène sociologique porte un nom : l’effet Streisand et de nombreuses institutions peu familières du ternet en ont fait les frais (la dernière en date étant la DCRI).

On pourrait s’attendre à ce qu’une SSII spécialisée en communication et marketing web connaisse ce principe de base. Mais visiblement ce n’est pas le cas. Résultat : il n’aura pas fallu plus de 24 heures pour que l’affaire se propage à toute la blogosphère francophone (Korben, PakDeKro, Tanguy Ortolo, etc.) avant d’être reprise par les médias spécialisés comme Numerama ou PCInpact.

Acte 4 : cafouillage

Après une manoeuvre aussi désastreuse pour son image de marque, on pourrait s’attendre a un retrait de la menace de procès en guise de geste d’apaisement. Mais non. Même si le PDG de Linkeo présente ses “excuses” sur la forme de la mise en demeure, l’entreprise ne remet nullement en question sa démarche, pourtant unanimement condamné.

Pire encore, ils en rajoute une couche sur leur page facebook. En conséquence le bad buzz continue de se répandre, nous donnant au passage des choses parfois assez drôle.

Acte 5 : perspective d’avenir

Que retenir de cette histoire ? Qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un community manager pour comprendre qu’un droit de réponse mesuré vaut toujours mieux qu’un tir de sommation juridique ? Que la mauvaise publicité que Linkeo s’est infligée toute seule, et qui lui collera à le peau pendant des années, est infiniment plus dommageable qu’un simple commentaire posté sur un forum de barbus râleurs ?

Un peu tout ca oui.

Mais ne vous en faites pas trop pour Linkeo. A défaut d’un peu de bon sens il leur reste toujours l’option de changer de nom :P

Dernière mise à jour le juin 07, 2013 15:10 UTC